Question n°42

 

Un homme a répudié son épouse de façon révocable (talâq raj’î). Il souhaite la reprendre avant que sa période de continence (‘idda) n’expire. Est-il nécessaire que sa femme soit d’accord ?

 

 

Réponse :

 

Le consentement de la femme en telle circonstance n’est pas requis. En effet, il appartient au mari qui a répudié son épouse de façon révocable (talâq raj’î) de la reprendre à tout moment durant sa période de continence (‘idda), qu’elle soit d’accord ou pas. Je ne connais nulle divergence à ce sujet. Dans son ouvrage « al Ijmâ’ », Ibn Al Mundhir rapporte le consensus des savants concernant le droit du mari à reprendre sa femme tant que celle-ci se trouve encore dans sa période de continence (‘idda) [1], même si ce n’est pas ce qu’elle veut.

 

Cela dit, il est illicite pour le mari de reprendre sa femme dans l’intention de lui causer du tort ou de la forcer à racheter sa liberté moyennant compensation [2]. Allah dit : « Alors, c'est soit la reprise conformément à la bienséance, ou la libération avec gentillesse. Et il ne vous est pas permis de reprendre quoi que ce soit de ce que vous leur aviez donné, - à moins que tous deux ne craignent de ne point pouvoir se conformer aux ordres imposés par Allah. » [3] Il dit aussi : « Mais ne les retenez pas pour leur faire du tort : vous transgresseriez alors et quiconque agit ainsi se fait du tort à lui-même. » [4]

 

Cette interdiction vaut autant pour l’homme que pour la femme. En effet, celle-ci n’a pas non plus le droit de porter préjudice à son mari, de le traiter d’une mauvaise manière ou de se refuser à lui afin qu’il la répudie sans qu’elle ne soit amenée à lui verser une compensation. Aucun des deux conjoints n’a le droit de provoquer la discorde (chiqâq).

 

Si le mari éprouve de l’aversion envers sa femme, soit il la garde comme épouse en la traitant conformément à la bienséance, soit il la libère d’une belle façon. Il en est de même pour la femme : si elle éprouve de l’aversion envers son époux et se sent incapable de cohabiter avec lui, il lui appartient de racheter sa liberté en lui restituant la dot qu’il lui a assignée [5],  sans faire du tort et sans créer d’animosité.

 

Dans son recueil authentique, Al Bukhârî rapporte selon ‘Ikrima d’après Ibn Abbâs que l’épouse de Thâbit Ibn Qays s’adressa un jour au Prophète (salla Allahou ‘alayhi wa sallam) en ces termes : « Ô Messager d’Allah ! Je n’ai rien à reprocher à Thâbit Ibn Qays ni au point de vue de la religion, ni au point de vue du caractère. Cependant, je détesterais retomber dans la mécréance après l’islam. -Consens-tu à lui rendre son verger ?  - Oui, répondit-elle. Le Prophète (salla Allahu ‘alayhi wa sallam) dit alors à Thâbit: «  Accepte le verger et répudie-la par une fois. » » 

 

En outre, selon l’avis le plus juste des savants, le khul’ est une annulation de mariage et non une répudiation (talâq) [6]. La femme qui a résilié son mariage par khul’ observe donc une période de continence (‘idda) d’un seul cycle de menstrues [7]. Tel est le propos de l’émir des Croyants ‘Uthmân, d’Ibn ‘Umar et d’Ibn ‘Abbâs. C’est l’avis prôné par Ishâq et l’imam Ahmad dans une narration. C’est également la position de cheikh Al Islam Ibn Taymiyya et d’Ibn Al Qayyim.

 

 

Cheikh Sulaymân Ibn Nâsir Al ‘Ulwân

 

Texte original : « Compilation des fatâwa de cheikh Al ‘Ulwân ».

 

 

 

Traduction : Oum-Ishâq

Relecture et correction : Oum-Youssef

 

 

[1] NDT : Dans le cadre d’une répudiation (talâq), la ‘idda de la femme réglée qui n’est pas enceinte est de trois cycles de menstrues. La ‘idda de la femme qui n’a pas ses règles est de trois mois lunaires. Enfin, la ‘idda de la femme enceinte s’achève au moment de l’accouchement, quelle que soit la période qui la sépare du terme de sa grossesse.

 

[2] NDT : Cela fait allusion au khul’ qui est une résiliation de mariage enclenchée par la femme et qui consiste à verser une compensation au mari pour racheter sa liberté. Afin qu’il soit permis pour une épouse de demander le khul’, elle doit être animée par une raison légitime au regard de la législation.

 

[3] Sourate2, verset 229.

 

[4] Sourate 2, verset 230.

 

[5] NDT : La compensation qu’une femme verse à son époux dans le cadre de la procédure de khul’ doit résulter d’un commun accord entre les deux parties. Elle consiste le plus souvent en la restitution de la dot ou d’un montant inférieur à celle-ci, selon ce qui a été convenu. Quant à la question de savoir si cette compensation peut être supérieure à la dot que le mari a assignée à son épouse, elle fait l’objet de divergence entre savants. Cheikh Abû Basîr At-Tarûsi par exemple estime que ce n’est pas permis. C’est globalement l’avis de la doctrine hanbalite. Toutefois, nombreux sont les savants qui, même lorsqu’ils le permettent, soulignent que cela va à l’encontre du bon caractère. Voir pour plus détails la fatwa n°4475 intitulée : au sujet du khul’ ICI


[6] NDT : Voir également la fatwa du cheikh Al ‘Ulwân n° 61  intitulée : « Le khul’ constitue t-il une annulation de mariage (faskh) ou une répudiation (talâq) » ICI 

 

[7] NDT : Une période qui par ailleurs est appelée l’istibrâ². Il s’agit d’un unique cycle de menstrues qui permet de s’assurer que la femme qui s’est séparée de son mari n’est pas enceinte, auquel cas sa période de continence prendra fin seulement à l’accouchement. En effet, une femme enceinte ne peut entreprendre un nouveau mariage avant d’avoir mis au monde l’enfant qu’elle porte de son premier mari. Cela évite également qu’on attribue à un prochain mari l’enfant issu d’un mariage précédent. Rappelons également que, la période de continence d’un seul cycle menstruel appelée istibrâ² ne donne pas à l’époux la possibilité de reprendre sa femme (sans nouveau contrat) durant ce laps de temps. En effet, qui dit annulation de mariage, dit divorce irrévocable mineur en ce sens que, dès lors que le khul’ a lieu, les époux sont séparés et ne peuvent revenir l’un à l’autre qu’en vertu d’un nouveau contrat de mariage conclu en bonne et due forme. Donc même si la femme qui a résilié son mariage par voie de khul’ (al mukhtali’a) doit observer une période d’attente appelée istibrâ² pour savoir si elle est enceinte ou pas, sa séparation de son mari est immédiate et irrévocable d’une irrévocabilité mineure. Telle est la différence avec le cas de la femme répudiée de façon révocable laquelle reste sous l’autorité maritale de son époux tout au long des trois cycles menstruels qui constituent sa ‘idda si elle est réglée, ou, des trois mois lunaires si elle ne l’est pas, ou,  tout au long de sa grossesse si elle est enceinte. Un époux peut donc reprendre sa femme frappée d’une répudiation révocable à tout moment précédant l’écoulement de son délai prescrit comme le précise la fatwa du cheikh ci-dessus.

 

 

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